Le balcon

Le balcon

avril 14, 2020 0 Par Laurent Roux

Texte : Eric 
Photos : Eduardo Tachado

Le balcon

J’avais trouvé cet appartement alors qu’on voulait emménager ensemble. Un grand appartement bien exposé. De grandes baies vitrées pleines de soleil, un vis-à-vis assez loin pour ne pas nous déranger. Et un long balcon sur lequel donnaient toutes les pièces.
On a emménagé ensemble même si tout n’allait pas bien entre nous. Tu étais mon premier amour et j’étais sans pitié. Tu as subi ma jalousie, mes colères, mes débordements. Tu as aussi profité d’une innocence que je n’ai plus aujourd’hui.
On s’est séparés finalement. Tu as rejoint une partie du salon aménagée en chambre pour toi. Nous n’avions pas trop le choix, des engagements, un loyer trop cher pour qu’un de nous deux l’assume seul. La solution paraissait idéale.
Chacun sa vie on s’est dit. Parfait. Chacun ses envies. Les tiennes ne rencontraient plus les miennes. Une certaine liberté mais avec le poids de l’autre toujours pas loin. J’ai fini par accepter, pas facile pour un jaloux maladif. Et un soir j’ai cédé à une pulsion, une envie. Te voir encore, un peu à moi-même si tu étais avec un autre.
Il est tard, je pars me coucher, ton nouveau mec est là. Enfin, je pense que c’est ton nouveau mec parce que tu l’as déjà fait venir plusieurs fois. C’est le début de l’été, il fait chaud et je garde la fenêtre ouverte. Juste le rideau qui protège des regards extérieurs. La curiosité me chatouille mais je n’ose pas. Je me lève dans les faibles lumières que la ville projette dans la chambre. Il n’y a pas de bruit. J’ai envie de voir ce que vous faites, de partager en secret ce moment d’intimité mais je n’ose pas profaner ce temple que j’ai érigé autour de toi. Finalement je me dis que les volets sont fermés et que de toute façon je ne pourrai rien voir. Je ne risque pas de me faire prendre.
Je glisse un pied sur le balcon, puis deux. Je me déplace lentement, silencieux, la respiration contenue. Mon cœur tape fort à mes oreilles, je suis étonné que ça ne vous alerte pas.
Le volet roulant est baissé. Mais pas complètement. Entre les lames le jour suffit pour jeter un œil dans la pièce. Juste un regard.
Vous êtes allongés sur le lit, il t’embrasse.
Mon cœur tape un peu plus fort, j’ai la nausée. Qu’est-ce qu’il a de plus que moi ? Je regarde à nouveau pour trouver la réponse. Je vois des T-shirt qui volent. Je bats en retraite jusqu’à la chambre. C’est trop, je ne peux pas, je n’ai pas le droit d’en voir plus. Mon cœur continue à battre aussi fort. Il bat d’excitation et de peur de me faire prendre à mater. L’excitation est la plus forte, je sors à nouveau sur le balcon silencieux et rapide. Je reprends mon poste d’observation. Tu es assis sur ce mec et tu as l’air d’aimer ça. Tes mains sont plantées sur ses pecs et les siennes sur tes fesses. Le rythme s’accélère. Ton plaisir visible me rappelle des nuits passées ensemble et ça m’excite. J’ai honte d’être là et en même temps je bande à fond. Tu t’écroules en silence sur lui, certainement pour ne pas me réveiller. Je suis bien éveillé.
Je fuis dans la chambre et j’emporte avec moi ces images qui hanteront longtemps mes fantasmes.