X.

mars 30, 2020 3 Par Laurent Roux
Illustration par Joff Tekmeister

Je suis devant cet établissement, j’ai un peu bu. De toute façon, il faut avoir un peu bu pour pouvoir y rentrer parce que j’ai pas de courage et trop peu d’assurance pour y aller sobre. La devanture est impressionnante, y’a des gars à l’entrée , t’as pas envie de les faire chier. Ouais ces gars là ils sont pas PD. Je suis avec mon pote, ma pine-co de toujours avec qui je fais les 400 coups.


Il reste 4 mecs devant nous, je sens la bière, j’ai trois lignes de C dans le nez. Je vais y arriver.


Les gars nous dévisagent, on a l’air de provinciales complètement paumées. On passe, on refait la queue pour poser nos affaires. On paye une fortune l’entrée et le vestiaire. On a le numéro 343 et 344.


La musique est électrique, limite trop forte. On passe le couloir où il y a une décoration post apocalyptique. Des cages en métal. Il fait noir, c’est sinueux. Les néons nous guident vers le bar, le premier. Marc rit à gorge déployée en me regardant. J’ai l’air complément perdu. Il me dit : « ah bah ça change des bordels de province hein !? ».


Les mecs dansent sur les podiums comme jamais sur du Beyoncé , je vais chercher une pinte de bière pour me donner de la contenance. Mon pote Marc est ébahi devant les gars. Je me demande ce que je fou là. Trois fois par minutes.


Je décide de faire le tour du propriétaire, je suis là pour ça. Voir ce qu’il s’y passe. J’entre dans le bordel. C’est étroit, il fait vraiment noir. J’arrive à peine à passer, ça sent l’urine, la transpiration, l’odeur de merde, le sperme. Je marche sur un sol presque visqueux, j’imagine que je glisse parfois sur des capotes. Ça m’amuse presque. Je sens des mains me frôler, me toucher. Il y a des recoins avec des mecs qui se font sauter. Ils sont plusieurs. Il y a trois mecs à 4 pattes qui se font tourner et qui gémissent de plaisir.Je me demande bien si je dois faire pareil. J’avance, je continue comme si j’étais dans un labyrinthe. C’est de plus en plus sale, j’entends des mecs donner des claques, ça sonne et résonne. Des insultes pornographiques, des bruits de robinet d’eau. C’est plutôt des gars qui se pissent dessus. Des bruits de chaînes métalliques, les gars couinent. Il fait chaud, beaucoup trop chaud. Je fais demi tour, finalement c’est pas pour moi.


Je reviens voir mon pote, il n’est plus là. Je tourne en rond, je prends une deuxième bière, toute façon, je suis déjà bourré. Je commence à me dandiner. J’ai l’air terriblement ridicule. Je regarde autour de moi. Je vois un grand mec, tout musclé. Avec une barbe grisonnante et des oreilles décollés.


J’avance vers lui. Je lui demande son prénom, il s’appelle Xavier. Je lui dis qu’il est beau, il me dis que je suis un branleur et que je ferais mieux de rentrer chez moi. J’adore son côté connard, j’ai un faible pour les connards. Je lui dis qu’on se fait chier ici et qu’on ferait mieux d’aller chez lui, que ça serait mieux pour niquer toute la nuit.
Il est stupéfait. Le branleur à du répondant et il aime ça.
On sort, on prend un taxis avec un couple hétérosexuel complètement ivre et bourgeois. C’est long, mais il me prend dans ces gros bras musclés. Comme pour me protéger.


On arrive dans une cour fleurie, c’est presque romantique. On parle peu. Il ouvre son appartement, c’est étrange, il n’y a qu’une pièce. Une très grande pièce. Au milieu, il y a un bloc amovible. C’est sa chambre et lorsque tu bouges les murs tu peux aller dans une salle de bain.
Je me déshabille. Il me dit que je suis direct. Et me demande si je veux boire quelques choses. Je suis à moitié nu lorsqu’il fini sa phrase. Je saute dans son lit. Je m’assieds et lui dit : « tu comptes rester debout à me regarder me branler où tu viens baiser? »
Il devient rouge. Il avance. Timidement. Je lui dis de s’assoir dans son lit. Je me mets à califourchon sur lui. Je glisse ma main dans ses cheveux, je le regarde dans le fond des yeux. Et je lui demande si je peux l’embrasser. Il sourit. Je pose une main sur sa cuisse poilue et musclée. Son torse est contracté. Je lui mets ma langue dans le fond de sa bouche déployée.
Ses deux mains m’empoignant les omoplates, je commence à trembler. Je lui lèche ses lèvres, sa barbe m’irrite la bouche, j’aime ça. Je le lèche, ça sent l’alcool et la transpiration. Il touche mon slip, je suis dur. Il sourit. J’enlève mon slip, et lui colle mon sex dans sa bouche, mes deux mains sont dans ces cheveux. Je le guide. Il me regarde avec des grands yeux. Comme si il avait été surpris de ma soudaine spontanéité. Visiblement, c’est ce tempo qui l’a réveillé. Il m’éjecte sur son lit, sur le ventre.Il écarte mes jambes et il vient à mon oreille me dire : « je vais te baiser jusqu’à t’en faire mordre mes draps ».


Il cherche une capote, je l’en empêche. J’aime pas ça les capotes. Il me dit que je suis qu’un petit con, qu’on est sur Paris. Pas en province. Je lui dis que j’ai rien. Il sourit et me dit que je suis con. Il me dit de me cambrer. Il crache pour me lubrifier. Il insère ses doigts en moi. Je lui dis expressément d’arrêter et de me pénétrer. Ce qu’il fait. Sa bite est courbée vers le bas. Je sais que sur le ventre il touchera mon plaisir. Il entre doucement, je lève la tête, la tourne pour l’embrasser. Les trois premiers allers-retours sont difficiles, c’est pas très lubrifié. Il sort et recrache puis entre avec plus de force. Ses bras se contractent, mes mains sont sur ses avants bras pour me fixer. Il me baise de plus en plus fort. Je couine à chaque coups de reins. De plus en plus fort. Il me dit d’arrêter, qu’il y a des voisins. Je lui dis d’aller se faire foutre, il m’attrape par les cheveux pour me mettre la bouche dans les coussins. Je dois maintenant encaisser. L’encaisser. C’est explosif. Je me cambre de plus en plus sous son plaisir. Je le sens venir. Il me dit que je suis un putain de petit PD et que je vais avoir ce que je suis venu chercher.


Il me demande de m’ouvrir, de prouver que je suis là pour lui. Je lui dis de jouir au fond, tout au fond ! Nos mains sont serrées les unes aux autres. Il va de plus en plus vite de plus en plus loin. Ça fait mal et terriblement du bien à la fois. Je hurle, je hurle de plaisir. Il pose sa main sur ma bouche et il me dit qu’il va gicler.Je me contracte de l’intérieur, son souffle est de plus en plus fort. Son râle arrive. Un râle si grave, si animal. Il s’épuise sur moi comme un guerrier à bout de force. Sa tête tombe à côté de la mienne.


« Enchanté Xavier »